Didier AMANI SANGARA, analyse complète sur la corruption en RDC exposée samedi 08 août 2020

Didier AMANI SANGARA, analyse complète sur la corruption en RDC exposée samedi 08 août 2020

L’histoire de la RDC est marquée par la prédation de ses énormes richesses et par l’oppression de son peuple par ses propres élites. De nombreuses occasions de remédier à cette situation ont été manquées dans la période postcoloniale. L’indépendance en 1960, le coup d’Etat de Mobutu en 1965, la Conférence Nationale Souveraine au début des années 1990 et la chute du régime kleptocratique de Mobutu en 1997 ont tous été des événements porteurs d’espoir pour le peuple congolais qui croyait en un avenir meilleur.

« Ils se sont finalement tous transformés en une grande déception car à chaque fois, il y a plus de continuité que de changement par rapport à la corruption endémique et la mauvaise gestion qui règne dans le pays. »


En République démocratique du Congo, l’administration publique est une institution où les conséquences de la tolérance et de l’acceptation généralisées de la corruption comme une manière normale de vivre sont les plus ressenties. Dans la plupart des cas

« Aucun document ne peut être obtenu et aucun service ne peut être rendu sans pot-de-vin ».


Les fonctionnaires de l’Etat multiplient les stratagèmes afin de forcer les usagers à débourser de l’argent pour des services qu’ils sont supposés fournir dans l’exécution normale de leur travail. Ceux qui refusent de payer se voient soit refuser le service ou doivent attendre longtemps.

La justice en RDC est contrôlée par le pouvoir exécutif et les réseaux de corruption sont emparés de tout l’appareil étatique. La justice incarne l’injustice, la corruption, le tribalisme, la magouille… le justiciable congolais ou étranger vient à la justice en tremblant, parce qu’il ne sait pas ce qui va lui arriver.

Les juges et les magistrats sont mal payés, ils sont démoralisés et vulnérables à la corruption. Même dans les rares services où l’intégrité subsistait, ils manquent de ressources pour faire leur travail correctement.

Pendant la Transition, l’héritage du système kleptocratique de Mobutu a continué à servir de modèle de gouvernance plusieurs années après sa mort. L’effondrement de l’Etat et l’invasion du pays par ses voisins ont créé de nouvelles occasions pour les élites de poursuivre leur pillage du pays avec la collaboration de réseaux étrangers corrompus qui ne souhaitent pas le relèvement de la RDC. La nouvelle situation engendrée par les guerres qui ont dévasté le pays, a permis à certains responsables politiques qui détenaient des positions de pouvoir de dépouiller l’Etat de ses biens en toute impunité. « Des ressources minérales considérables étaient exportées en contrebande. Les sociétés minières de l’Etat ont été dépossédées de leurs actifs grâce à des contrats de joint-venture signés dans des circonstances non transparentes. Beaucoup de ces contrats, dont la signature aurait impliqué la corruption de hauts fonctionnaires congolais, contiennent des termes et conditions qui privent le Congo de revenus importants dont il a besoin pour soulager la misère noire de sa population. Et à la fin de la Transition, la corruption était omniprésente dans tous les aspects de la vie des Congolais et avait aggravé leurs souffrances ». Il y a eu et il y a encore, un seul obstacle majeur qui anéantit toute perspective d’avenir : la corruption de certains hommes au pouvoir. Malgré la chute du régime Mobutiste, il n’y a eu aucun renouveau, aucun changement dans les mentalités. Mobutu avait dirigé le pays grâce au soutien d’une force de sécurité mono-ethnique. Vous pouvez le remarquer aussi qu’à la fin de la Transition, l’Observatoire du Code d’Ethique Professionnelle (OCEP) ; un organe créé par un décret-loi présidentiel en 2002 afin de promouvoir et de surveiller la mise en œuvre du Code de conduite de l’agent public de l’Etat procéda à une enquête de terrain sur la corruption en RDC. Les résultats préliminaires de l’enquête furent annoncés en décembre 2006 au moment de la célébration de la première semaine anti-corruption au Congo mais ne furent pas publiés. Sur les 30 institutions publiques concernées par l’enquête, les plus corrompues étaient la Présidence et les quatre Vice-présidences (sous l’appellation de l’Espace présidentiel) suivies par le secteur judiciaire et par les services des douanes.

Les élections de 2006, les premières en 40 ans, ont été un autre tournant décisif dans l’histoire de la RDC. En dépit de tous les problèmes rencontrés pendant le processus électoral, le nouveau régime démocratique, qui a permis au Congo de mettre en place toutes les institutions constitutives d’un Etat moderne, a été le signe d’un nouveau départ pour le peuple congolais, celui d’un avenir prospère auquel rêvait le peuple depuis si longtemps. Au lieu que ce rêve devienne réalité, le fléau de la corruption, qui est l’une des causes de la misère noire des Congolais, a pris la place sans être éradiqué.

L’avènement du président Félix Tshisekedi à la tête du pays a suscité beaucoup d’espoirs chez les congolais, comme cela était pour l’ancien président Joseph KABILA en 2006. Mais je me demande si le Président de la République a les hommes et femmes capables de l’aider à appliquer ses stratégies pour répondre aux espoirs du peuple congolais et à la lutte contre la corruption dans ce pays. L’euphorie de la première passation de pouvoir pacifique de l’histoire de la RDC est vite tombée au fur et à mesure que se dessinaient les contours de la cohabitation entre le Front Commun pour le Congo (FCC), pro-Kabila, et la coalition Cap pour le changement (CACH), pro-Tshisekedi, et que s’instaurait un rapport de force politico-institutionnel défavorable au président. Une année et demi après sa prestation de serment, force est de reconnaître que le changement promis se réduit à des effets d’annonce et au recyclage de promesses, d’idées et de projets laissés en jachère par les gouvernements précédents.

Anti-corruption et transparence


La corruption étant l’une des questions les plus difficiles auxquelles est confrontée la RDC dans le processus de gouvernance ; les défenseurs de droit de l’homme qui enquêtent sur la corruption subissent souvent de sévères représailles. Des fonctionnaires corrompus peuvent menacer leur lieu de travail, leurs familles et leur réputation. Il est important que le gouvernement prenne une position ferme contre la corruption et protège à la fois ceux qui dénoncent les cas de corruption dans le gouvernement et les médias qui en informent le public. La légitimité n’est que renforcée par une stratégie de gouvernance qui voit les médias indépendants d’investigation comme des alliés et non pas comme une menace.

« La lutte contre la corruption devrait être intégrée dans tous les programmes de réforme de la gouvernance. En outre, on doit s’attaquer en priorité aux antivaleurs dont le pays est héritier du long règne de Mobutu et qui se sont enracinés davantage tout au long de la période de transition. Pour ce faire, il faudrait créer une réelle volonté politique au plus haut niveau de l’État par des actions concertées de la société civile et des partenaires au développement de la RDC. Si le gouvernement en place laisse persister le statu quo, le secteur minier continuera à enrichir les élites congolaises et leurs complices étrangers, l’insécurité se poursuivra, et les violations massives des droits humains se poursuivront sans relâche provoquant ainsi la mort de milliers d’autres innocents. Le code minier de juillet 2002 élaboré par la Banque mondiale a privé les Congolais de la jouissance au niveau souhaité, des richesses minières de leur pays en dépit de la croissance économique à presque deux chiffres connue par la RDC entre sous Matata Ponyo. Et les multinationales américaines sont du nombre de 7 géants miniers contrôlant 85 % de la production minière congolaise qui s’activent à faire abroger le nouveau code minier plus équilibré de mars 2018 pour les Congolais. Et il y a moult exemples pour démontrer que ce sont les USA en vertu de leur politique impérialiste envers la RDC qui combattent la paix et la prospérité en RDC.

Les signes d’un changement significatif dans la gouvernance du pays viendront de la solution que le gouvernement apportera à l’importante question de la révision des contrats miniers léonins signés entre des autorités congolaises et des compagnies multinationales. Les ressources naturelles de la République démocratique du Congo peuvent être utilisées aux mieux des intérêts de tous, à condition d’entrer dans le cadre général d’un développement planifié à l’échelle gouvernementale interne. Un tel plan, accroîtrait la puissance économique et industrielle de la RDC. Nous devrions donc penser sérieusement, dès maintenant à chercher en nous-mêmes la solution de tous les aspects de notre développement.

Gouvernance et refondation de l’Etat



« Depuis 1960 jusqu’aujourd’hui en RDC, nous constatons cette ineffectivité de l’autorité politique Congolaise dans la lutte contre la corruption ».


La RDC est incapable d’exercer ses fonctions ou de fournir les services en raison de la défaillance de ses institutions et en particulier de son gouvernement, elle sera alors considérée, dans l’acception large, comme un État en faillite. La faillite signifie que les fonctions essentielles de l’État ne sont plus remplies :

« en tant que centre d’impulsion et de décision, l’État est paralysé ; en tant que symbole d’identité, il ne représente plus grand-chose aux yeux de sa population ; en tant que territoire, il n’est plus sécurisé ; en tant qu’organisation politique, il a perdu sa légitimité ; et en tant qu’organisation socio-économique, ses biens sont détruits et il n’a plus le soutien de sa population, qui par ailleurs n’attend plus rien d’elle»


Cette incapacité est le plus souvent le fruit de conflits internes ayant causé entre autres la destruction partielle ou totale des institutions politico-administratives de l’État. L’accent est ici mis sur l’incapacité ou l’ineffectivité du gouvernement que sur son inexistence pure et simple.

Je rappelle que la mauvaise gouvernance et l’incapacité institutionnelle maintiennent un climat d’insécurité permanente qui nuit à un développement économique, social, politique et intellectuel. Aujourd’hui, le peuple a besoin d’une volonté politique et d’un changement de mentalité. A l’absence de ce changement, on ne peut plus aboutir à une stratégie sérieuse et à la volonté politique pour une belle promesse d’espoir !

Le grand danger dans ce pays, c’est la fixation, la clôture dans l’accompli. S’arrêter ou de croire être arrivé, de s’identifier à une situation donnée et à ses symptômes. La vie du peuple congolais alors se gèle, le fleuve ne suit plus son cours.

Une parabole chinoise de Liu-Ji, datant du XIVe siècle, illustre bien cette lecture négligée du pouvoir politique congolais. Dans l’État féodal de Chu en Chine, un vieillard survivait en gardant des singes à son service. Les gens l’appelaient « Ju gong » (Maître singe). Chaque matin, le vieil homme rassemblait les singes dans sa cour et donnait l’ordre à l’aîné d’emmener les autres dans la montagne ramassé des fruits sur les arbres et dans les buissons. La règle exigeait que chaque singe donne le dixième de sa récolte au vieillard, et ceux qui ne le faisaient pas étaient violemment fouettés. Tous les singes en souffraient mais n’osaient s’en plaindre.

Un jour, un jeune singe s’adressa aux autres en disant : « Le vieil homme a-t-il planté tous les fruitiers et buissons ? » Les autres répondirent : « Non, ils ont poussé naturellement. » Le jeune singe insista : « Ne pouvons-nous pas prendre les fruits sans la permission du vieil homme ? » Les autres répondirent : « Si, nous pouvons tous le faire. » Le jeune singe continua : « Alors pourquoi devons-nous dépendre du vieil homme ; pourquoi devons-nous tous le servir ? »

Avant que le petit singe ne finisse sa phrase, tous les autres avaient compris et s’éveillaient. La nuit même, s’assurant que le vieil homme était endormi, les singes détruisirent l’enclos dans lequel ils étaient confinés. Ils prirent les fruits que le vieil homme avait emmagasinés et les emportèrent dans la forêt pour ne jamais en revenir. Le vieil homme finit par mourir de faim.

Yu-zu-li conclut en disant : « Que certains hommes, dans le monde, dominent leur peuple par l’imposture et non pas par la justice. Ne sont-ils pas comme le Maître singe ? Ils ne se rendent pas compte de leur confusion d’esprit. Dès que leur peuple comprend la chose, leurs ruses ne fonctionnent plus ».

Au regard de la situation actuelle de la RDC caractérisée par la prise en otage du peuple par la classe politique, il est important que le peuple se réveille et impose aux politiciens, toutes classes confondues ses aspirations et une direction à suivre.

Combien de temps le pays sera encore pris en otage par les conciliables, les annonces et démentis ?

Le peuple doit-il continuer à se soumettre aux caprices de politiciens qui vivent eux, aux frais de l’Etat, et sont dans le confort insultant pour les congolais ?

Existe-t-il en RDC des courants de pensée susceptibles de fonder et de promouvoir un nouvel ordre politique face aux problèmes multiples que le pays affronte aujourd’hui ? A quelles sources se nourrissent-ils et quelles perspectives ouvrent-ils aux populations dans leurs quêtes concrètes et dans leurs préoccupations les plus urgentes ?

C’est à ces questions que je cherche à répondre ici, dans le but d’éclairer un paysage intellectuel que le grand public cultivé ne connaît pas beaucoup au moment où il est pourtant indispensable de réfléchir sur quelque chose nouvelle qui me paraît fondamental : les bases à partir desquelles il convient de penser l’Etat, la nation et la politique pour construire l’avenir. Mon récit a pour but de dévoiler une nouvelle vision sous un éclairage de réflexion philosophique.

Si nous ne nous réveillons pas, nous serons des esclaves de nos politiciens. Les politiciens qui ne sont pas préoccupés par la misère du peuple. Ils veulent occuper tous les postes, avoir tous les honneurs, tout l’argent, pour eux et rien pour l’intérêt du peuple Congolais. Au stade où nous sommes, la RDC peut mettre en place un dispositif efficace et concerté de lutte contre la corruption (Bureau Technique de l’Etat ou œil de l’Etat) à tous les trois niveaux de pouvoir et de responsabilités en mettant en contribution la Cour des comptes et l’Inspection générale des finances. Elle peut aussi penser à mettre en place dans le gouvernement un nouveau programme qui permettrait de remédier au fléau. Ce n’est pas le rôle des Etats-Unis d’apporter leur contribution à la lutte contre la corruption en République démocratique du Congo. Le renforcement des partenariats avec les parties congolaises dans le domaine de l’Etat de droit, proposé par les partenaires internationaux pour soutenir les efforts du président Tshisekedi dans la lutte contre la corruption n’aboutira pas aux vrais résultats.

Le peuple Congolais a besoin du changement, un changement réel, un changement de structures. On ne peut plus supporter ce système de notre pays. Nous voulons un changement dans nos vies, dans nos quartiers, dans les territoires, dans notre réalité la plus proche ; un changement qui cherchent l’intérêt de tous. Disons NON à une économie d’exclusion et d’injustice ou l’argent règne au lieu de servir.

Parlant d’un nouveau programme, cela signifie tout simplement de penser à revoir la répartition des sièges constitutionnelles dans ce pays. Ce nouveau programme que je propose préconise le système unitaire fortement décentralisé.
Il prône une organisation adaptée aux réalités du pays et guidée par la préoccupation d’éradiquer tous les dysfonctionnements existant dans ce pays et rapproche le pouvoir.
Par exemple, on pourrait avoir dans la classe politique Congolaise :

• Le président de la république ;
• Et son premier ministre ;
• Le président est appuyé par un Bureau Technique composé de 7 personnes expertes en suivi-évaluation (oeil de l’Etat) sous la supervision d’un Directeur national et assisté par 14 conseillers dans différents domaines préétablis au lieu d’aligner 721 personnes dont 54 conseillers spéciaux qui ont donc un rang de ministre. L’élévation des assistants, secrétaires particuliers et conseillers du président Félix Tshisekedi au rang de membres du gouvernement pour mettre le staff à l’abri de la corruption, un argument qui est loin de convaincre le peuple congolais. Nous sommes tous d’accord qu’il faut les épargner au moins de faits de corruption, mais on doit tenir compte aussi du volume de notre budget. Les recettes publiques sont à quelle hauteur ? Nous projetons 10 milliards, nous ne les avons pas. Notre capacité de mobilisation interne est de 4,9 milliards.

• Le parlement pourrait être composé de 42 parlementaires sous l’autorité du président du parlement au lieu de 500 parlementaires ;
Le Sénat pourrait être constitué par 21 sénateurs au lieu de 101 dans le gouvernement en place, répartis sur 6 provinces au lieu de 26 et présidé par le président du Sénat. Ces provinces seraient :

Bas- Congo plus la ville de Kinshasa, Equateur, Bandundu, Katanga, Kasaï, Kivu et Province Orientale ;


• Le gouvernement en place pourrait être formé par 19 ministres et 6 Vice-ministres au lieu de 64 ministres et 64 sous-ministres ;
• Le gouvernement provincial peut être constitué par les chefs coutumiers, les leaders économiques et leaders communautaires. Conscient du rôle que jouent les chefs coutumiers dans notre pays, mettre sur pied une politique susceptible de les intégrer dans le processus de développement et de prise des décisions. Quant aux gouverneurs de province, ils peuvent être choisi dans chaque province par le peuple au suffrage universel ;
• Enfin les cours et tribunaux.

Préoccupé par le volume de la masse salariale, nous recommandons « de réduire les trains de vie des institutions pour permettre que cette quotité soit versée aux priorités : l’éducation, la santé et plus particulièrement au paiement de salaires de nos vaillants soldats.

Aujourd’hui, la RDC compte plusieurs partis politiques briguant à tout prix être à la tête de ce pays, mais tous ne sont pas pour ce changement. Se référant à l’histoire il y a lieu de dire que le changement est encore loin vu tous ceux qui divisent le peuple congolais. Pour éviter le bain de sang que nous sommes habitués de revivre dans notre pays ; la solution doit être l’unité du peuple congolais. Ces partis politiques promettent sans réaliser. Plutôt ils cherchent à se confirmer dans le futur gouvernement sans souci de la population votante ; lors de leurs campagnes, ils garantissent à la population des bonnes choses, de la bonne gouvernance et de bonnes résolutions des conflits ; arrivés au pouvoir, leurs engagements envers la population tombent dans l’eau et ne se soucient plus du peuple. Ce qui me pousse de proposer au président de la république de reconnaitre seulement deux partis politiques :

1. L’Est ;
2. L’Ouest.
Ces deux partis politiques peuvent recevoir de l’Etat des subventions destinées à financer leurs campagnes électorales ou leurs activités, dans les conditions définies par la loi. Une loi organique détermine le statut de ces deux partis politiques.

Sortir du piège : le non positif


Pour ne pas subir les dictats des financiers internationaux, il faut refuser toute aide du Fonds Monétaire Internationale et de la Banque mondiale. Malgré la situation de la pauvreté du peuple Congolais, le pillage, tuerie et autres drames, la RDC peut compter sur elle-même. Ceux qui nous prêtent ou qui prête la RDC l’argent, la plupart sont ceux-là qui nous ont colonisés, ce sont les mêmes qui géraient nos Etats et nos économies, ce sont les colonisateurs qui endettaient et/ou continuent d’endetter la RDC ou l’Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins.

La RDC est étrangère à cette dette, elle ne peut donc pas la payer. La dette, c’est encore le néo-colonialisme où les colonisateurs se sont transformés en assistants techniques et ce sont eux qui nous proposent des sources de financement et de l’aide. Ces bailleurs de fonds sont nos conseillers et nous sont recommandés, ont nous présentent des montagnes financières alléchants, des dossiers ; la RDC est endettée pour dix ans, cinquante ans, même plus pour dire que l’on a amené la RDC à compromettre son peuple pendant cinquante ans et plus.

L’aide ou dette, c’est sa forme actuelle, contrôlée, dominée par l’impérialisme, une reconquête savamment organisée pour que l’Afrique ou la RDC, sa croissance, son développement obéisse à des paliers, à de normes qui nous sont totalement étrangères, faisant en sorte que la RDC devienne l’esclave financier. L’esclave tout court de ceux qui ont l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer les fonds chez nous avec l’obligation de rembourser. La République démocratique du Congo ne peut pas continuer s’endetter sans avoir de quoi rembourser. Notre génération n’est pas responsable de la dette, au contraire, les colons, la communauté internationale, l’UE et l’Occident nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer ; c’est-à-dire la dette de sang. Le sang du peuple congolais qui a été versé et qui continue d’être versé.

En Europe, on parle du plan Marshall qui a refait l’Europe économique, en Amérique on parle "The American Policy for The Third Millenary" : le rêve morbide des Américains pour bâtir une Amérique toujours plus forte et toujours plus dominatrice mais en RDC, on ne parle jamais du plan Congolais pour sortir ce pays dans l’instabilité, l’insécurité, la pauvreté, la corruption et le déplacement forcé de la population. Qui a sauvé l’Europe ? C’est l’Afrique ! On en parle peu, on en parle si peu que nous ne pouvons pas être complices de ce silence ingrat. Aujourd’hui, qui relève l’économie mondiale en faillite ? C’est l’Afrique plus particulièrement la RDC ! A quel saint se vouer pour sauver la République démocratique du Congo ?

Le nouveau colonialisme adopte des visages différents. Parfois, c’est le pouvoir anonyme de l’idole argent : des corporations, des préteurs sur gages, quelques traités dénommés « de libre commerce » et l’imposition de mesures d’« austérité » serrant toujours la ceinture des travailleurs et des pauvres. Disons NON aux vieilles et nouvelles de colonialisme. Disons OUI à la rencontre entre les peuples et les cultures. L’avenir de la RDC n’est pas uniquement entre les mains des grands dirigeants, des grandes puissances et les élites.

Il est fondamentalement dans les mains du peuple Congolais, dans leur capacité à s’organiser et aussi dans leurs mains qui arrosent avec humilité et conviction ce processus de changement. Que vive la République démocratique du Congo Et Dieu vous bénisse !

Amani Sangara, analyste indépendant