Les mines du Nord-Kivu ou l’enfer pour les femmes – “nous recevons 20 dollars par semaine. une torture totale”

Les mines du Nord-Kivu ou l’enfer pour les femmes – “nous recevons 20 dollars par semaine. une torture totale”

Sur le site minier de Bisiye à Walikale au Nord-Kivu, l’exploitation minière artisanale est devenue une activité d’importance fondamentale pour le développement de l’économie locale. Cependant, les travailleurs dans les mines vivent dans les conditions précaires et accidentogènes. Et notamment les femmes. Traitées comme « des esclaves », au regard de la lourdeur de leur tâche et de leurs droits bafoués. Comme celles que j’ai rencontrées. Témoignage.

Il est 14 heures, quand je débarque à l’aérodrome de Kilambo, dans le territoire de Walikale pour un reportage dans les sites miniers de Bisiye. Sur la route, je croise des personnes qui transportent des sacs sur la tête. Les autres à la force du dos. Et la majorité d’entre eux… sont en réalité des mères et des jeunes filles. Je suis intrigué par le contenu de leur fardeau et pourquoi il n’y a que des femmes. Après avoir essuyé de nombreux refus, l’une d’elles accepte de me conduire jusqu’à Bisiye. Sur ce site minier, on y voit pratiquement que des femmes. Une cheftaine d’équipe répondant au nom de Riziki Kahambu me reçoit et répond à mes questions.

Pourquoi les femmes exercent-elles ce travail d’habitude dévolu aux hommes ?


Nous sommes à Walikale. Un territoire où le travail ne différencie pas le sexe. Il y a trop de souffrances chez nous. Au point que si tu te restes paresseuse, tu ne gagnes pas ta vie. Alors, tel que vous voyez, le travail est très fatigant. Mais malgré tout, ici nous y sommes déjà habituées.

Habituées à de tels travaux qui vous rendent telles des esclaves ?


Nous vivons ici toujours dans la souffrance. Nous faisons le traitement, l’enfûtage et l’évacuation de minerais sur des lieux de transit ou à destination, chez nos patrons.

Et vous travaillez plus que les hommes…


Certaines transportent les marchandises et autres effets, de Ndjingala à Bisiye dans les mines. Et au retour, elles ramènent la cassitérite. C’est un véritable calvaire. Souvent, elles passent la nuit sur la route éreintée par la fatigue. D’autres femmes porteuses meurent en chemin. Nous travaillons comme « des machines » avec seulement deux jours de repos par semaine.

Et le salaire ?


Nous recevons 20 dollars par semaine. Une torture totale.

Mais comment vous êtes-vous retrouvées ici ?


Nous faisons ce métier parce que la majorité d’en être nous, n’avons pas de mari. D’autres étaient récupérées par force par les militaires.

Les patrons des mines considèrent la femme comme, « une machine de confiance, que l’on fait travailler mais sans jamais la voler ». Le territoire de Walikale étant complètement enclavé, il reste sans surveillance des organisations de défense de droits de l’homme. C’est pourquoi les femmes restent encore et toujours des esclaves.

DIEUDONNE MANGO/WAZA